L'univers de Rinus Van de Velde : une épopée autobiographique fictive
Un voyage onirique dans l'univers de Rinus Van de Velde à la Galerie Max Hetzler, à Paris
Je suis allée voir l’exposition parisienne de Rinus Van de Velde, artiste belge renommé, qui m’a captivée à la Galerie Max Hetzler. Son travail se présente comme une autobiographie fictive (une fausse vie), un voyage à travers son imagination où il se réinvente et se met en scène dans des situations parfois improbables.
L'exposition met en lumière un dialogue intime et complexe avec des figures emblématiques de l'Histoire de l'Art tout en proposant une représentation unique de lui-même.
Dans cet univers onirique et narratif, Rinus Van de Velde brouille les frontières entre la réalité et l'imaginaire, invitant les visiteurs à une réflexion profonde sur la mémoire et la création artistique. À travers des œuvres colorées, il nous rappelle que la peinture ne peut se contenter de représenter la réalité, mais peut aussi être une trace vivante de ses souvenirs, une mémoire visuelle de moments passés ou imaginés.
D’ailleurs “Que sait-on vraiment de la réalité ?” est un documentaire avec différents participants dont le dr Joe Dispenza que je vous conseille de regarder.
La Peinture comme mémoire : L'expérience de l'exposition
Dès l'entrée dans la salle d'exposition, une sculpture représentant un palmier attire le regard. Elle provient du décor pour la vidéo, où l'artiste s'imagine peindre dans une jungle, créant ainsi une passerelle entre le monde onirique et une réalité faussement tangible. Cette jungle filmée construite en carton est peut-être aussi un clin d'œil au Douanier Rousseau.
"Cher Henri, un siècle s'est écoulé et me voici prêt à t'accepter comme guide et à poursuivre le chemin, bientôt seul."
Ce type de citation, placée sous la peinture, évoque l'idée de continuité entre les générations d'artistes et met en lumière l'influence des grands maîtres sur le travail de Van de Velde. Il utilise cette technique pour ancrer ses œuvres dans une réflexion sur l'art et sa propre trajectoire créative, de manière décalée et avec un brin d’humour que j’ai apprécié.
L'Alter ego mis en scène : une performance vidéo immersive
L'une des pièces les plus marquantes de l'exposition est une vidéo où Rinus Van de Velde explore le thème de l'alter ego à travers une mise en scène théâtrale filmée. Dans cette vidéo, un comédien ami, portant un masque à son effigie, incarne son double artiste. Cette performance filmée joue d’une illusoire frontière entre identité réelle et fictive, mettant en avant une représentation que l’artiste aurait de lui-même.
Les émotions sont subtiles, et déclenchent un sentiment de distance, d’étrangeté et de réflexions.
Ce dispositif artistique utilise des décors en carton pour la vidéo. On y retrouve, par exemple, une piscine inspirée des peintures de piscine de David Hockney. La présence de l’eau, élément assez récurrent dans les œuvres d’Hockney, peut symboliser le basculement d’un monde à l’autre. Le comédien en sortant de la piscine, lave dedans ses pinceaux encore chargés de couleurs.
Rinus Van de Velde interpelle sous une peinture de piscine, David Hockney "Les ondulations dans l'eau ont disparu depuis longtemps, David, et tu es déjà loin d'ici quand j'arrive enfin à cet endroit."
Hommage aux Impressionnistes : un pont entre passé et présent
L'exposition de Van de Velde ne se limite pas à la mise en scène de son alter ego, elle fait aussi écho à des mouvements artistiques majeurs, tels que l'Impressionnisme. Une peinture en particulier se distingue, avec une botte de foin qui rappelle les célèbres toiles de Monet, Pissaro ou Van Gogh. Cette référence aux Impressionnistes, qui ont révolutionné l'art avec leurs touches rapides et leur lumière naturelle, fait résonner l'œuvre de Van de Velde avec des époques passées, tout en restant profondément ancrée dans le contemporain.
"Claude, Claude... S'il te plaît, laisse-moi revenir. Je jure que je nettoierai tes pinceaux chaque jour à partir de maintenant."
Cette citation sous cette œuvre est un hommage émouvant à Claude Monet, renforçant le lien que Van de Velde entretient avec l'Histoire de l'Art.
Ces références aux impressionnismes m’ont particulièrement touchées, réveillant les souvenirs des peintures de mon père peintre, qui reproduisait des œuvres de Renoir, Monet et Pissaro, et qui m’a parlé de ces artistes toute ma jeunesse.
"Et maintenant, quoi ? Maintenant, il faut que ça arrive ? Maintenant, tu dois ressentir que tout est bien. Que tu es arrivé à un point où tu as toujours voulu être..."
Cette citation, tirée de l’œuvre ci-dessous de Van de Velde, reflète cet état d'introspection profonde, où l'artiste semble se questionner sur son propre parcours créatif.
L'usage du pastel gras : un défi technique et artistique
Ce qui frappe également dans le travail de Rinus Van de Velde, c'est son utilisation magistrale du pastel gras. Contrairement à la peinture à l'huile, les oil sticks ou l'acrylique, le pastel gras ne permet guère de corrections, chaque geste doit être précis. Van de Velde réussit cependant à créer des œuvres d'une grande finesse et d'une profondeur étonnante, jouant avec la texture et les couleurs pour donner vie à ses scènes imaginaires.
Le pastel gras ajoute une dimension tangible à ses œuvres, renforçant cette tension entre l'imaginaire et le réel, l'éphémère et le permanent.
"Peter, combien de temps dois-je flotter ici dans cette pose sur place ? Bientôt, la lumière idéale sera là et tu pourras continuer à terminer dans ton studio. J'ai des crampes à l'épaule, et tu n'es décidément pas un peintre de plein air après tout"
Fragments de rêve : dialogue entre l’imaginaire et le réel
Van de Velde ne cesse de dialoguer avec les grands maîtres du passé et du présent mais aussi avec son propre imaginaire. Ses œuvres, qu'elles soient réalisées au fusain ou au pastel, sont imprégnées d'une sorte de "folie douce" qui m’a semblé sortir d’un rêve éveillé. Cette démarche, profondément personnelle, crée une atmosphère où chaque peinture raconte une histoire, une conversation silencieuse entre l'artiste, ses influences et son monde personnel.
"Dans peu de temps, les premiers rayons de soleil illumineront les environs et la rosée se dissipera lentement. Je serai alors loin de tout le monde et je me mettrai au travail dans le but de partager l'environnement désolé avec ceux qui n'arriveront jamais jusqu'ici"
Conclusion : un appel à la peinture et à l'inspiration
En quittant l'exposition, j'ai ressenti une connexion avec l'univers de Rinus Van de Velde. Cet artiste parvient à créer des peintures qui transcendent la simple “représentation” pour devenir des fragments de vie fictive, ou pas. L'hommage un peu décalé qu'il rend aux grands artistes a résonné en moi.
En rentrant chez moi, j'étais envahie par une furieuse envie de peindre. Je me suis plongée dans mes pinceaux et mes oil sticks, portée par l'énergie créative de cette exposition, j’ai peint tout le week-end.
C'est cet appel euphorique à la Peinture, comme une impulsion irrépressible, qui m'a le plus marquée dans cette expo de Van de Velde.
J'espère que cette expérience vous touchera autant que moi. Pour découvrir ces œuvres en détail et en savoir plus sur cet artiste prolifique rendez-vous sur le site de la Galerie Max Hetzler.